C’est quoi le vrai consentement ?

18 juin 2019 No Comment

C’est quoi ce faux consentement dont tout le monde parle ?

J’ai vu il y a quelques mois une vidéo dont l’accroche était la suivante : « Comment on fait maintenant pour embrasser une fille sans être catalogué de porc ? C’est SIMPLE. » Dans cette courte vidéo, le Directeur marketing de l’Oréal explique que si on veut embrasser une fille et qu’on ne sait pas vraiment si elle le veut, la solution simple est de le lui demander, et que cela s’appelle le consentement.

Et au fond de moi un cri est monté : « non… mais non…! ». Non à cette pensée que certains veulent de plus en plus généraliser et dans laquelle « la chose sensuelle » est mise dans une cage dorée et perçue comme une agression humaine.

Cette vidéo circulait dans le contexte du mouvement #metoo, et je peux comprendre que face à l’ampleur des agressions qui ont été dévoilées, on ait voulu se saisir du concept du consentement, le redéfinir, et le faire entrer de force dans toutes les têtes. Je comprends entièrement l’urgente nécessité de tous ceux et celles qui ont eu besoin de dénoncer les abus de toutes sortes. Évidemment que je reconnais qu’une main aux fesses, si tu n’as rien demandé, tu n’apprécies pas, et tu te sens mal. Idem pour toute allusion et tout geste sexuels imposés. C’est ignoble et non civilisé. Mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Qu’on ait repris conscience de l’importance du consentement, c’est essentiel, mais que le débat soit devenu si réducteur (oui ou non, point final), je trouve ça dommage, et plus très juste pour le coup. Ce qui m’intrigue, c’est comment on pourrait se saisir d’un tel sujet pour progresser dans nos relations ? Qu’est-ce que cet immense scandale dévoilé par #metoo nous apprend sur les lacunes de notre époque ? Sur nos incapacités terribles à dialoguer, à nous rencontrer, à vivre ensemble ? 

Le vrai et réel défi à relever aujourd’hui se situe ailleurs pour moi que dans ce « sans oui c’est non ».

L’enjeu est dans la rencontre entre les êtres humains. Et où l’enjeu est-il plus brûlant que lorsque le désir et les sentiments s’en mêlent ? Lorsque l’autre nous émeut tant, nous remue, nous bouscule, nous attire si fort que l’on ne veut plus qu’une chose, c’est embrasser ses lèvres ? Cette faim de son corps n’est autre que la faim de rencontrer son être tout entier. 

L’enjeu d’une paix dans notre humanité n’est selon moi ni dans une nouvelle loi sur le consentement, ni dans une obligation morale que l’on devrait tous intérioriser et selon laquelle il faut absolument demander avant d’embrasser quelqu’un ou de caresser une main. 

Imposer de devoir demander à l’autre si l’on a le droit de poser tel geste n’est pas le signe d’une avancée pour l’égalité et le respect, mais bien au contraire, le signe d’une défaillance dans la force intérieure de se rencontrer. 

C’est mettre un mur entre Nous, car au lieu de tendre de toutes mes forces à comprendre qui il est, quelles sont ses envies, et de ressentir et percevoir ce que ses mouvements corporels traduisent de son intériorité, au lieu de prendre le temps de l’aimer, de l’apprivoiser, de déchiffrer les non-dits et tout ce qui vibre dans l’espace entre moi et lui, et bien tout à coup ce serait comme jeter un voile sur un lien évident, jeter un voile sur le dialogue silencieux entre mon coeur et son coeur, entre nos deux corps, c’est rompre le fil de lumière tendu que l’on tient chacun dans nos âmes. C’est briser la confiance et l’espérance que l’on est capable de se comprendre, de s’écouter, de communier, même dans ce trouble et ce silence, et que l’on peut oser ensemble aller de l’avant, poser un geste de plus, et être entreprenant. 

Au lieu de mettre des murs entre nous et de brandir des signaux « demande-moi avant d’agir », on devrait s’encourager à se percevoir et à développer notre intuition, et s’encourager à oser répondre à la volonté et au désir de l’autre — désir dont il a peut-être honte, désir qu’il n’assume peut-être pas, et alors, oui, on hésite à embrasser, on a peur d’envahir ou de réveiller une vague énorme en l’autre…

Et parfois l’autre semble dire non,  car il est bouleversé de ce qu’il est en train de vivre à cause de nous, grâce à nous, il est remué entièrement de cette ouverture qu’on creuse dans son coeur, dans son corps, et il tressaille, il redoute, il a peur de la nouveauté qui veut s’engouffrer en lui, il a peur de lâcher prise. Ce n’est pas un non de personne victime d’une agression. C’est un non de « j’ai tant soif de toi que cette soif m’effraie ».

Évidemment que quelqu’un peut dire non et en réalité vouloir tout le contraire. 

Il faut apprendre à comprendre notre langue, celle pleine de mots et celle qui est silencieuse. Tout en nous parle sans cesse, nos yeux, nos joues, notre front, notre odeur, nos mains, nos bassins, tout. Acceptons notre complexité merveilleuse ! Tout n’est pas si simple, et tout ne mérite pas d’être accusé ou matraqué. Quand j’ai embrassé cette fille à 20 ans, je n’ai rien préparé mentalement, ça a juste jailli, parce qu’en fait, entre elle et moi, tout était implicitement clair, nos âmes s’aimaient, et les corps ont deviné ce que nos mots étaient bien incapables de formuler… L’intuition, encore et toujours…

Être en phase avec soi-même, la BASE FONDAMENTALE pour décrypter l’Autre… et aller au devant de ses besoin et désir réels.


Moi, mes plus beaux baisers

Mes plus belles caresses

Je ne les ai pas obtenus par des paroles énoncées

Mais par une spontanéité libre

Par une audace espiègle

 

 


Par mon amour qui débordait 

Par ma main qui a pris la sienne

Par ma bouche qui a effleuré ses lèvres

Et les femmes qui ont été dans mes bras

Ne m’ont pas accusée de ne pas avoir demandé…

J’ai regardé l’autre, j’ai senti son énergie,

Je savais que je sentais « juste » et j’ai agi,

Et l’autre en mourrait d’envie.

 

 

Bien souvent on a peur de devenir responsable de ce qu’on suscite et on fuit devant notre responsabilité intime. On s’amuse à diminuer la vérité des sentiments, à moquer la réalité du lien. C’est encouragé dans notre société d’enchaîner les expériences et les partenaires, et c’est très mal vu de vivre une rupture avec douleur pendant des mois, on entend des « allez hop hop remets-toi, oublie-là, couche ailleurs » et tant d’autres phrases assassines qui déforment la nature du lien.

Oui, face à la RESPONSABILITÉ de ce qu’on ouvre en l’autre, on peut préférer prendre mille précautions et demander 100 fois s’il est d’accord pour nous ouvrir son corps et son coeur… si on peut poser nos lèvres sur les siennes, si on peut attirer son bassin contre nous. Oui… On peut signer des contrats avant le moindre geste et le moindre éveil des sentiments.

 

 

Mais pour moi, tout cela ne tourne pas rond. Je n’y peux rien. Je ressens un malaise devant ces montées de pression pour tout niveler, tout désinfecter, tout aseptiser. Comme si finalement entre nous, tout est affaire de contrat. Et ça peut se rompre aussi vite que ça a été signé, en deux secondes. 

Oui, avant de poser un geste qui en entraînerait d’autres, on peut voir en flash toutes ces choses, et on peut douter, et si l’autre n’est pas totalement prêt? Mais prêt , dans sa tête ou dans son coeur?

Quelle est cette PEUR, souvent, qui nous empêche d’entreprendre ?

Pour moi, elle est liée à notre refus de répondre OUI à l’exigence de devenir conscient de soi-même et de l’autre, de l’exigence à être PRÉSENT et FIDÈLE à l’Évènement. 

Plus on refuse d’être connecté à soi-même et à l’autre, plus on redoutera d’être une personne d’initiative, et plus on sera déconnecté de notre réelle capacité intuitive qui nous permet de PERCEVOIR une situation avec justesse…

Et donc d’oser poser un geste sans prendre la peine d’obtenir un consentement oral et écrit préalablement. Mais que se passe t-il quand parfois nos intuitions sont bancales ? Alors on embrasse une personne qui ne le voulait pas vraiment… Et là je ne parle pas des violeurs, je parle juste de tous ces humains, comme toi et moi, qui ont parfois été pétrifié d’oser se déclarer, mais qui ont tenté le coup, et qui ont pu être très maladroits à cause de leur fébrilité.

Car telle est notre nature humaine, IMPARFAITE. Nous ne sommes pas des robots aux angles clairs, sans zones d’ombres, dépourvus de défauts, et c’est précisément toute la beauté de notre condition : on apprend par nos erreurs, mais pour apprendre et progresser, il faut reconnaître la valeur de l’erreur.

Nous avons l’opportunité de travailler sur nous-mêmes, de développer de plus en plus de tact, d’affiner notre sensibilité, et d’apprendre à ressentir vraiment ce que l’autre ressent. Pourquoi est-ce qu’on ne se réjouit pas de cette magnifique et excitante aventure de métamorphoses que l’on peut vivre ensemble (au lieu de vouloir voter des lois pour nous dire comment nous aborder, comment nous toucher, comment nous regarder ?!) ? Pourquoi on est au taquet pour remarquer la moindre parole dite pas tout à fait sur un ton neutre, pourquoi on est toujours prêt à taper les doigts qui effleurent notre paume ? Pourquoi on est si peu enclin à être doux les uns avec les autres ?

On doit devenir CO-CRÉATEURS de nos relations d’amour.

Que faire dans une situation où l’on a mal perçu la réalité et où on a débordé sur l’autre (en parole ou en acte) ? Eh bien, là, ce serait le moment de poser des mots, justement. De réapprendre l’art de la conversation. De PARTAGER nos vécus. Au lieu de se fermer et basta, l’autre n’existe plus. On pourrait plutôt tenter de réaliser que tout n’est pas un abus et que l’intention de l’autre était peut-être réellement de ne pas m’envahir, et qu’il est pris au dépourvu par notre réaction volcanique.

En bref, on pourrait S’ÉCOUTER, SE COMPRENDRE, S’AJUSTER, S’EXCUSER, SE PARDONNER, et devenir si puissants ENSEMBLE.

Si on prend un autre point de vue, cette peur qui nous empêche d’entreprendre, ne serait-elle pas aussi notre propre peur d’être rejeté, et non la peur d’abuser l’autre ?

Je crois qu’on inverse la réalité assez souvent ici… On a très peur d’être humilié si notre acte courageux de dénuement n’est pas reçu et rendu, alors, hop on met des règles, on s’emprisonne dans des lois, et ça devient à peu près ça : je te demande avant, comme ça, si tu as soudain un peu peur toi aussi, peur d’être rejeté évidemment, et bien tu n’oseras pas non plus m’embrasser, et on se retrouvera comme deux lâches à enfouir notre beau désir, et l’un d’entre nous dira « tu comprends, je ne préfère pas », et l’autre prendra immédiatement distance dans son coeur, pour ne pas trop subir le rejet. Et tout sera avorté. Et comment construire l’amour alors ? Comment construire la relation si personne n’ose se dévoiler en premier ?

On devient tiède si facilement à cause de nos projections… On se détourne du défi de la vulnérabilité, du défi de se livrer et de cueillir l’émotion de l’autre.

On n’ose plus se tromper et être imparfaitement bouleversants et maladroits.

Osons être émus à nouveau, osons rougir. C’est trop facile de se déconnecter de la tension et de poser une question formelle. Ça nous remet dans la tête, ça fige le coeur palpitant, ça attaque le corps pressentant.

Devenir brave, tel devrait être l’idéal de notre société.

Et la quête de chaque coeur : vouloir comprendre l’autre intensément, en se passant de mots. 

Le BESOIN du temps moderne : Développer un tact infini, plutôt que de se cacher derrière des pancartes. S’encourager à s’écouter beaucoup mieux, beaucoup plus intimement, dans nos mots et dans nos silences. 

***

Au lieu de l’injonction à poser dix mille questions avant de poser un geste… Et si le VRAI CONSENTEMENT était cette danse subtile entre nos âmes qui se parlent et s’appellent ?

 

 

Ce  consentement silencieux et palpable

Entre toi et moi

Se passe de contrats,

Ce consentement intime vibre

Entre nos poitrines,

On le veut, on se veut.

On se dit oui en regards, en pensées

Et on n’attend qu’une chose

C’est que les bouches imitent les âmes

Qu’elles fusionnent

Et jouissent d’enfin s’unir.