Déchirure de lumière – Abus à la communauté saint Jean

29 février 2020 No Comment

Jean Vanier, père Marie-Do, père Thomas-Philippe, père Thierry de Roucy…… tout a commencé dans les années 50, ils étaient ensemble, entremêlés, et ils ont créé quelque chose qui leur ressemblait… j’ai été si proche de leurs fondations incroyablement tendres et brutales…

Ce que j’ai vécu à la communauté saint Jean est si intime – un mélange déchirant de sidération psychique et d’intense bonheur… que je ne peux l’exprimer aujourd’hui que par un poème et une peinture…

Déchirure de lumière

déchirure de lumière et serpent pervers

serpent le plus long

le plus impossible à traverser

serpent qui s’étend nous entoure nous fixe nous sidère

sidération

déchirure de lumière

 

je comprends enfin pourquoi ma douleur est si perçante

perçante et inguérissable

 

c’est que nulle part ailleurs je n’ai pu trouver à ce point-là

ce qui peut vivre comme amour, tendresse, compassion, bonté

dans une communauté

les cercles de pardon où l’on se serrait tendrement les deux mains en se regardant les yeux dans les yeux,

ce qui coulait là comme vérité, comme simplicité, comme désir d’être bon pour l’autre,

les cercles de pardon, l’amour, la tendresse c’était du miel, du miel, des étoiles!

les chants la dévotion les étreintes jouer ensemble la richesse humaine c’était du miel, des étoiles!

les prières, l’idéalisme, les rires, les repas partagés, les fêtes, la vie, la vie si humaine c’était du miel!

c’était de l’amour

c’était de l’amour

 

non ce n’était pas faux

non ce n’était pas déguisé

non

c’était de l’amour

j’ai connu l’amour ailleurs

plus fort et moins confus, plus individuel, plus personnel, j’ai connu l’amour à foison mais jamais je n’ai connu à nouveau ce qui peut se vivre ainsi dans la communauté

je l’ai cherché

cet amour inconditionnel, ce pardon, cette joie, cette simplicité

je les ai cherchés

 

jamais ailleurs non jamais ailleurs

 

la blessure est inguérissable

parce que c’était de l’amour

il y avait l’amour

ET la perversion

 

ce n’était pas

« la perversion donc pas d’amour vrai »

non

 

non

 

c’était de l’amour

et

de la perversion

 

et pas tous

pas tous bien-sûr

pas tous dans la perversion

mais tous dans l’amour

et la blessure est inguérissable

parce que ce que j’ai perdu en fuyant la perversion…

c’était de l’amour

 

c’était mon miel et ma vie

c’était la famille, le foyer, la vraie maison

et moi d’autre vraie famille je n’en avais pas

et nous étions tant à porter dans cette communauté notre brisure et notre désir de communion

et c’est pour ça que c’est si pervers, manipuler ainsi des jeunes fragiles

mais c’est pour ça aussi que c’est déchirant et confus,

parce que c’était vrai,

c’était vrai, ces frères, qu’ils avaient le souci des blessés et qu’ils nous donnaient amour et foyer, et la plupart étaient si bons, même s’il y avait aussi…

il y avait aussi le trouble et l’abominable

et il y a une brisure immense

mais…

 

nous sommes dans les cœurs les uns des autres, presque vingt ans après

malgré les coupures brutales, brutalisantes!

malgré les chocs les reculs les sidérations les absences d’une décennie

nous sommes entremêlés d’amour, mêlés les uns aux autres encore et encore

nous avons vécu l’amour

nous avons vécu la communauté

nous avons vécu la tendresse qui pardonne et accueille et vit joyeusement avec l’autre

 

c’était de l’amour

et la perversion m’a brisée

la perversion m’a engluée

la perversion je m’en défais par des grands coups d’épée dans mon âme

 

c’était de l’amour

 

ils sont dans mes entrailles

notre jeunesse est là comme une étoile

comme un serpent noir qui nous sidère

comme une déchirure de lumière

 

si je cherche encore cette lumière

est-ce que j’ouvre les bras au serpent?

 

déchirure de lumière

voiles de tendresse


ce qui est sidérant c’est que les pervers sexuels que j’ai connus…

ce sont eux qui savent si bien…

instaurer une communauté d’amour…

une famille de joie

de bonté

ils savent si bien créer cette atmosphère dont je serai à jamais nostalgique

et ne me dites pas que cette atmosphère était seulement la perversion oh non!

non ne soyez pas naïfs, il n’y a pas l’amour OU la perversion,

la vérité OU le mensonge

tout sain OU tout malsain

non ne croyez pas que ces abuseurs n’avaient aucune raison d’être aimés adorés adulés

ils avaient les défauts de leurs qualités

ils avaient l’égoïsme et la perversion et la confusion et le fanatisme et le patriarcat cruel mais ils avaient aussi

véritablement

l’amour du petit

la tendresse pour tous

et ils répandaient autour d’eux cette soif d’aimer

et nous entrions dedans

et nous vivions l’amour

et beaucoup de choses étaient si saines, guérissantes

très bonnes

 

c’était de l’amour

 

c’est pourquoi mon cœur saigne

intarissable

 

c’était de l’amour

 

Jean Vanier, père Marie-Do, frère Lamorak….

ils n’étaient pas que pervers

mais ils étaient vraiment pervers

ils n’étaient pas que pervers

ils ont éveillé dans tant de cœurs l’amour du pauvre

le pauvre en chacun, le pauvre en soi, le sens de la communauté

la guérison

l’amour

ils n’étaient pas que pervers

et mon cœur toujours saignera pour eux

pour leurs victimes

pour moi

pour nous

et

pour eux.