Éducation bienveillante et marches dans la nature

25 octobre 2019 No Comment

Quelques pensées qui me sont venues courant septembre alors que mon coeur brûlait de joie après ma première marche dans la nature avec mes élèves:

Ça y est, après quelques jours d’école, j’ai pu aller marcher avec mes élèves et ça y est, oui ça y est… ça y est je les sens, ça y est je suis en phase avec eux, ça y est je peux leur donner ce que j’ai à leur donner et commencer un peu, intuitivement, à sentir leurs besoins et où ils se situent.

Ma collègue qui m’a accompagnée avec sa classe et qui était réticente au début sur le temps que ça lui faisait perdre sur ses leçons… maintenant veut qu’on y aille deux fois par semaine ! D’abord on est allées au pont au-dessus de la rivière où on a observé les oiseaux, et puis on s’est éloignés un tout petit peu et ses élèves se sont arrêtés pour jouer près de la rivière et repérer des plantes comme elle le leur avait demandé et puis… voilà, ça faisait un petit temps qu’on était dehors et elle m’a dit : « Il faut aller travailler maintenant, on rentre ?! » Et moi : « Attends, attends, on n’a même pas encore marché près de la rivière, tu n’as pas pu voir ce qui se passe quand on marche, on n’a même pas encore été en mouvement vraiment ensemble, attends, tu vas voir… ». Elle m’a fait confiance, on a continué un peu, et elle a vu. Elle a senti. Et c’était fini, cette idée que c’était une perte de temps ; c’était fini, cette agitation à vouloir aller vite : la magie était là. La magie oui, et nos leçons toute cette journée ont enfin atteint le précieux, la substance merveilleuse d’écoute et d’émerveillement, que je cherchais en vain à faire naître chez les enfants depuis la rentrée.

Et moi bien-sûr en marchant près de la rivière avec nos élèves, je ne me sentais plus de joie et d’apaisement. Mon cœur recevait enfin ce dont il avait soif.

Pourquoi tant de joie en marchant avec les enfants ?

Qu’y a-t-il en fait de plus archétypal dans le lien entre un adulte et des enfants d’âge primaire que cette marche ensemble dans la nature ?

L’adulte marche, il pense, il contemple la nature, parfois il s’arrête pour attendre les enfants ou pour leur montrer quelque chose, parfois il y a un moment magique et on s’arrête tous, on chante ou on devient tout silencieux et on regarde… Et on repart, et l’adulte marche et les enfants autour courent, jouent, s’arrêtent un moment, le rejoignent, recueillent des trésors pour la classe, lancent des cailloux dans la rivière, se poursuivent en riant, grimpent sur un arbre couché, sautent de roche en roche, roulent dans l’herbe, construisent une mini-maison pour les lutins, suivent un insecte…

Et je les appelle en chantant deux notes joyeuses et ils accourent et on continue… Et puis on retourne en classe le cœur lavé, la pensée toute ouverte et légère et, plus rien n’est comme avant.

C’est par ces marches presque quotidiennes que j’ai pu prendre soin d’une classe composée d’un grand nombre d’élèves « à problèmes » qui très vite n’étaient plus du tout un problème mais des merveilles. L’art de l’éducation est si difficile, si contraignant, quand on oublie les choses saines et naturelles qui de toujours ont amené les enfants dans la joie, l’ouverture et la confiance en l’adulte. Sans parler des relations sociales entre les enfants qui deviennent si harmonieuses si tant est qu’on les amène assez souvent dans la nature et qu’on les laisse assez régulièrement jouer librement entre eux dans un lieu sain, dans la beauté et la protection qu’offrent les arbres, l’eau qui coule, les roches où l’on grimpe, les racines où l’on construit des univers miniatures…

Quand j’étais enfant je passais mon temps libre à jouer dehors avec les autres enfants, mais cette époque de lâcher-prise est terminée, les peurs sont arrivées, presque aucun enfant aujourd’hui, dans le monde occidentalisé, peut passer plusieurs heures par jour à jouer dehors, à grimper aux arbres, à explorer les sentiers… alors, est-ce que c’est devenu le rôle de l’école ? Je ne peux plus, en tous cas, envisager l’enseignement, avec les enfants d’aujourd’hui, sans les marches en nature. C’est pour moi un des piliers de l’éducation bienveillante. Car on peut toujours essayer l’éducation sans violence éducative: tant qu’on ne donne pas aux enfants ce qui correspond à leurs besoins fondamentaux, ils deviendront résistants ou passifs…

… et avec raison, puisque c’est déjà une violence que de ne pas permettre à leurs besoins les plus criants de se vivre!

 

Merci de tout coeur à Alexandra Jacquin pour ses merveilleux dessins !

N’hésitez pas à aller visiter son site web: http://alexandrajacquin.com/