Exploitation féminine

31 mai 2020 No Comment

Est-ce qu’on pourrait être aussi « féministe » dans des sociétés où une grande part du travail quotidien ne pouvait en aucun cas être accompli par les femmes?

Attention, le féminisme qui défend la dignité de la femme, sa liberté de choisir et d’entreprendre, etc. c’était extrêmement nécessaire!

Mais le féminisme qui a l’air de ne considérer comme une femme épanouie qu’une femme qui travaille à l’extérieur du foyer… ça me met mal à l’aise.

 

Je suis en train d’étudier les sociétés traditionnelles…

sociétés qu’on a faites passer pour d’affreuses exploitations des femmes.

Mais quand on les étudie plus en profondeur, ça ne tient pas la route.

Les hommes s’occupaient de tout le travail nécessitant force physique et impassibilité face à la mort… Les femmes s’occupaient de tout ce qui concernait la vie: mettre au monde les enfants, prendre soin d’eux, les nourrir. Avec bien-sûr des variantes dans chaque peuple, mais pour des sociétés qui devaient survivre dans une nature souvent hostile, ça fait quand-même beaucoup de sens de protéger la vie des mères et « d’utiliser » les muscles masculins pour les travaux difficiles, voire extrêmement difficiles.

Bref, on n’est plus dans ce mode de survie, la plupart des jobs n’ont pas besoin de muscles, et on peut tout à fait envisager un partage différent des tâches… C’est d’ailleurs ce qui se passe dans mon couple: on a partagé selon nos goûts, nos talents et nos fragilités…

 

Ceci dit… Les mères sont toujours celles qui mettent au monde et dont les tout-petits dépendent intrinsèquement; elles sont aussi celles dont l’énergie physique est fortement sollicitée par les grossesses et souvent l’allaitement, donc attendre des mères le même travail productif que d’un homme en pleine santé, ça me paraît une négation totale de la réalité: des besoins des tout-petits et de leurs mères…

Je trouve que les mères et les enfants sont infiniment plus respectés chez les Masaïs par exemple, qui pourtant de l’extérieur pourraient passer pour une société sexiste parce que ce sont généralement les femmes qui font la cuisine…

Les femmes Masaïs reçoivent la meilleure nourriture, tout le monde prend soin d’elles quand elles sont enceintes et quand elles ont enfanté, jusqu’à ce que leur bébé sache marcher. Tout est fait pour qu’elles puissent prendre soin de leurs bébés, toute la société les « sert » pour ça. Si on aime prendre soin de son bébé, c’est une des sociétés les plus agréables pour les mères. Mais les femmes font la cuisine… Donc on les voit comme « exploitées au service des hommes ».

 

Depuis quand et pourquoi on a décidé que toutes les tâches traditionnellement féminines étaient de l’exploitation, et toutes les tâches traditionnellement masculines étaient de l’empowerment?

Je suis entièrement en faveur d’un partage harmonieux des tâches au sein du couple! Aujourd’hui, on n’est plus dans la survie, et chaque couple peut créer sa petite « société » en décidant qui fait quoi…

Mais s’il vous plaît, arrêtons de diminuer la valeur de toutes les tâches concernant le soin du foyer et le soin des enfants!

Arrêtons de croire qu’on a plus de valeur quand on travaille pour un patron que quand on fait à manger pour son mari et ses enfants! Tout dépend de nos goûts et de nos choix.

Et surtout, arrêtons de laisser le système capitaliste nous exploiter et nous faire croire que le soin du foyer et des enfants, c’est un travail de merde, avilissant, bon seulement pour les femmes exploitées des sociétés traditionnelles…

Autrefois, le foyer, c’était le centre de la vie, et tout était orienté pour qu’il soit épanoui, protégé, plein de vie, de chaleur et de beauté.

Maintenant, on dirait que le centre s’est déplacé à l’extérieur.

 

Ce que je crois de plus en plus, c’est que tant qu’on ne considèrera pas le soin du foyer et des enfants comme un travail à part entière qui demande un investissement à temps plein, les salaires réels ne nous permettront jamais d’avoir une vie harmonieuse ni des enfants épanouis… parce que la majorité des gens devra toujours travailler à temps plein en-dehors du foyer, et ça, c’est mortifère… à moins de ne pas vouloir d’enfants, ce qui est tout à fait envisageable, mais ne concerne pas la majorité des gens, donc ce serait peut-être bien de faire en sorte que les couples voulant des enfants puissent en prendre soin.

Et les enfants, comme tous les êtres humains,
ont besoin d’un foyer;
et un foyer, pour exister réellement,
a besoin de soin.

Dans beaucoup de sociétés traditionnelles, on offre aux femmes la possibilité de prendre soin de leurs enfants et de leur foyer, sans avoir à se soucier du reste, et en recevant les soins et les biens nécessaires pour mener au mieux cette tâche… Les hommes se sacrifient autant qu’il est nécessaire pour leur assurer ces biens et ces soins (meilleure nourriture pour les femmes enceintes, protection contre les dangers, protection de leur énergie en leur épargnant tout travail trop physique, etc.).

Aujourd’hui, notre société ne permet pas à la majorité des femmes de vivre cela : la société ne veut pas se sacrifier pour cela, et on a changé de mode de pensée au point où ce qu’on appelle « se sacrifier », c’est quand une femme reste à la maison auprès de ses enfants.

La notion de sacrifice s’est complètement déplacée, et je ne suis pas sûre qu’on ait gagné au change, en abandonnant la manière « naturelle », millénaire, traditionnelle, de voir les choses…

 

Dans le fond, chaque travail est à la fois un sacrifice et une joie, quand il est fait par amour. 

Que ce soit prendre soin de ses enfants, leur faire à manger, écrire un livre, construire des chaises, faire des routes, gérer une ferme, conduire un taxi ou être correcteur dans un journal… Tout est sacrifice et joie, surtout quand on l’a choisi. Le problème, c’est de rendre impossible et dévalorisé le sacrifice qui a toujours été considéré comme le plus précieux entre tous.

 

Un jour, sous la manipulation des capitalistes que ça arrangeait bien, on a valorisé le travail rémunéré… au point où on a considéré que les femmes qui restaient à la maison subissaient une exploitation insupportable.
Un autre jour, peut-être grâce à des confinements répétés, on valorisera le soin de sa maison, de ses enfants, de son couple, et de soi-même au sein du foyer… au point où on considèrera que les gens qui vont travailler pour une rémunération subissent une exploitation insupportable.


Et si on réalisait que l’être humain a besoin des deux pour être en équilibre? pour être heureux?
Si on ramenait le travail rémunérateur, où l’on sert sa société, à quelques heures par jour?
Le mieux serait qu’au sein d’un foyer, cet équilibre se fasse selon les goûts de chacun, entre celui qui aime passer davantage de temps à travailler à l’extérieur et celui qui aime travailler à l’intérieur du foyer.

Mais pour ça, il faut que les salaires augmentent et nous permettent à nouveau d’avoir une vie équilibrée, sans que les deux membres du couple doivent se décarcasser pour prendre soin du foyer et des enfants dans le court temps de « repos » que leur laisse leur travail rémunéré!