Le Sexy Bowl – Laideur assumée

8 février 2020 No Comment

En soi ce n’est pas plus vulgaire ou plus choquant que bien d’autres choses d’aujourd’hui. Et c’est vrai que ce sont des extraits de danses tribales et qu’il faut aussi respecter ça – même si on a le droit de penser (mais pas trop fort) que toutes les cultures ne se valent pas… ou en tous cas n’ont pas la même chose à donner à une foule familiale contemporaine américaine qui reçoit déjà bien assez de sexualisation. Mais le vrai problème ce n’est pas ça, c’est que ce n’est pas sensuel, ce n’est pas beau, il y a une vulgarité laide, vide, fatigante. Le problème c’est que ce n’est pas de l’art, que ça saute d’une prouesse à l’autre, sans aucun sentiment. Et c’est ça le drame. C’est ça qui finit par nous exaspérer au plus haut point dans l’Amérique. Cette vulgarité américaine, c’est le manque de conscience quand on fait quelque chose de vraiment laid. Le manque de honte à ça. Il faudrait créer un mot exprès pour ça : « la honte de produire publiquement de la laideur, d’ajouter à la laideur du monde ». Il faudrait que le mot existe pour ça, et que ce sentiment se développe! Surtout en Amérique. En France peut-être que le mot n’existe pas, mais le sentiment est là, au moins un peu, et j’imagine mal en France une artiste faire un show aussi public et aussi laid sans susciter des réactions de répugnance, et certainement de la moquerie, une bonne petite parodie… enfin bref, en France on n’aime pas trop la vulgarité crasse.

Le vrai problème de ces deux femmes qui dansent là, c’est qu’elles n’existent pas.

Elles ne font rien exister, elles n’existent pas elles-mêmes.

Elles sont si absentes que ça ne peut en aucun cas être de l’art.

Elles sont très présentes physiquement, bien trop présentes avec leur volonté et leurs muscles, mais il n’y a aucun cœur et du coup c’est comme un bain froid de regarder cette vidéo.

Et c’est si absurde.

Il y a des danseuses françaises éblouissantes de sensualité… et je ne les trouve pas vulgaires. Marguerite par exemple, rencontrée à mon cours de danse, elle dénude très volontiers des parties de son corps mais elle danse avec tant de présence, tant d’âme et tant de pulsation du cœur oh elle est bouleversante! Sa danse est ultra-sexy, mais Marguerite existe complètement dans sa danse, donc il n’y a aucune vulgarité.

La danse du Super Bowl, c’est surtout super ennuyeux… Ce n’est pas beaucoup plus vulgaire que beaucoup de danses à l’américaines, mais oh que c’est ennuyeux!

Et ça me rappelle mon choc, ma répulsion, en boîte à Ottawa… Les femmes dansaient avec tant de volonté, en faisant des mouvements hyper sportifs et presque agressifs pour remuer leur cul, c’était si vulgaire que je ne pouvais même plus appeler ça un cul avec tout le trouble qui va avec… j’avais juste l’impression d’un gros amas étrange qui se secoue agressivement devant moi et j’ai eu la nausée et je n’ai plus jamais pu retourner en boîte à Ottawa…

Moi j’adore la sensualité, mais il faut du style, il faut de la présence, il faut de la poésie… parce que tout ce qui est uniquement physique et sans âme, c’est d’une tristesse infinie. C’est un vide intersidéral. C’est à éviter à tout prix, c’est un fardeau qu’on met sur le cœur des gens en leur montrant ça, c’est lourd comme une montagne pelée!

Il faut de l’âme, il faut de l’âme, et pour ça, il faut que la personne existe quand elle danse ou quand elle chante, qu’elle transparaisse au moins avec son âme – dans l’idéal aussi avec son esprit! Mais ces danses-là, c’est américain, c’est habituel, il n’y a rien, rien de personnel, ça pourrait être fait par n’importe qui, surtout par un robot, il faut juste du muscle ou être un robot, voilà c’est robot, comme s’il n’y avait pas assez de robotisation dans le monde. Comme s’il y avait un quelconque intérêt à amener cette dépersonnalisation dans l’art.

Ces danses, elles sont avant tout inutiles.

Et inutile, en art, est presque un crime.

Car l’art est supposé apporter un supplément d’âme.

Pas un supplément d’inutile.

Pas un supplément de froideur.

Pas un supplément de vide.

Pas un supplément de robot!

Et puis « l’excuse » qui me sort par les yeux là, c’est comme quoi cette danse est empowering pour les femmes. D’où c’est empowering pour les femmes de danser sans âme et sans poésie? D’où c’est empowering? Si un homme faisait ça, il aurait surtout l’air narcissique et un peu bête. On aurait envie de sourire de pitié. C’est gênant quoi.

Mais comme c’est une femme et que c’est dans l’air du temps de s’affirmer comme femme, on dit que c’est empowering alors que c’est juste laid!

Et c’est drôle aussi. Triste et drôle. On ne lui a jamais appris qu’on ne se gratte pas la chatte en public parce que c’est quand-même un peu vulgaire? Et pas mal agressif? Pareil qu’un homme qui se gratte les couilles?

Alors voilà, on passe de l’ère du pénis agressif à l’ère de la chatte agressive, et en quoi c’est empowering de descendre à ce point-là dans l’absurde?