Parasite – La lutte pour la survie est scandaleuse

17 mars 2020 No Comment

On est presque tous confinés, dans le monde entier,

mais on est loin d’être tous égaux.

 

Certains sont confinés dans une maison avec un grand parc et une plage privée,

d’autres dans une pièce humide et sombre.

 

Certains doivent rester avec les personnes qu’ils aiment le plus au monde, et se réjouissent de ces moments d’intimité,

mais il y a des ados qui sont séparés de leur amoureux ou de leurs amis et qui n’arrivent pas à le supporter, et qui sur Instagram parlent d’envie de mourir,

il y a des enfants (et des adultes) qui vivent des situations abusives à la maison et qui sont maintenant plongés dans une détresse immense,

il y a des aînés dont la solitude va être encore plus intolérable que d’habitude,

il y a des personnes dont la condition psychique ne leur permet pas de supporter le confinement sans que cela atteigne leur santé mentale…

 

Certains vivent dans des gouvernements plutôt socialistes qui vont les protéger de la misère totale,

d’autres n’ont ni assurance santé ni assurance chômage et voient les « plus riches qu’eux » faire la queue aux magasins d’armes pour se protéger de ces miséreux que la situation actuelle pourrait pousser au désespoir et au crime…

(Mais quel est le vrai crime là?)

 

Il faut porter toutes ces personnes dans nos cœurs…

Et puis il faut se questionner sur l’injustice abominable qui est révélée plus encore par ce confinement,

l’injustice et la société « asociale » que nous sommes…

 

Alors j’en profite pour publier cet article qui m’a été inspiré par le film Parasites il y a quelques semaines.

Ce n’est pas une vie humaine,

la vie de misère, de pauvreté crasse.

 

Oui, oui c’est beau les gens qui d’une vie toute simple font une œuvre d’art,

qui mettent de la beauté dans la vie quotidienne et au lieu d’avoir l’air pauvre ont l’air infiniment humain,

oui c’est beau une vie pauvre et simple,

et la slow-life et la décroissance volontaire et le retour à la nature et aux artisanats,

et tous ces mouvements par lesquels on veut revenir à ça : la pauvreté belle.

La pauvreté qui nous rend libres,

humains.

Oui, c’est vrai tout ça, et la vie toute simple d’une pauvre vieille grand-mère fabriquant du tofu dans un petit village du Japon sera presque toujours plus belle, plus humaine, plus réelle, que la vie d’un richissime banquier dans sa maison blindée.

 

Oui la pauvreté n’est pas synonyme d’inhumain,

pas toujours.

 

Mais voilà le deuxième film asiatique que je vois qui parle de cette pauvreté triste, misérable, où une vie humaine est à peine possible.

 

Non ce n’est pas humain d’avoir à vivre cette vie-là.

 

Un appartement en sous-sol où les passants pissent sur nos vitres, où l’hygiène est impossible, où se nourrir est une lutte quotidienne,

non ça ne devrait pas exister.

 

Et les pauvres qui disent « moi aussi je pourrais être bien élevé et équilibré et moral et humain si je vivais dans une maison comme la vôtre »,

hé bien ce n’est pas faux,

non ce n’est pas faux.

 

Bien-sûr il y a des miracles, des gens qui grandissent dans la misère la plus noire et arrivent à développer par eux-mêmes une humanité vibrante.

Et ces cas uniques nous font oublier la vérité première :

cette vie de pauvreté noire dans nos villes modernes, elle n’est pas normale!

pas acceptable!!

Et ce n’est pas humain d’avoir une vie comme ça!

Et il faut que ça nous scandalise.

Et c’est une violence immonde de plonger les pauvres dans cette misère crasse pendant que les riches s’élèvent vers toujours plus de richesse inutile,

oh je ne suis pas communiste, je frémis d’horreur devant tout ce qui brise les cultures et force des abstractions intellectuelles sur les communautés humaines,

mais quel scandale d’imposer à tant de personnes humaines une vie sous-humaine!

 

Non, ce n’est pas humain d’être en perpétuelle lutte pour sa survie, dans un lieu de vie crasseux et oppressant et laid.

Ça n’a rien à voir avec la pauvreté d’une vieille grand-mère dans sa petite maison traditionnelle qui continue des pratiques ancestrales, dont la vie est toute emplie de beauté.

Mais ces pauvretés atroces, ce produit de la vie moderne, de la vie capitaliste, globalisante.

Ces pauvres qui doivent se nourrir d’horreurs à bas-prix au supermarché, des horreurs bourrées d’hormones ou de pesticides, des horreurs qui ont perdu toute force de vie et qu’un riche n’appellerait même pas nourriture,

ces pauvres qui doivent vivre dans la crasse et la laideur produites par la vie moderne, sans pouvoir aucunement bénéficier des avantages de cette modernité,

ces pauvres qui dans ces films à la fois nous bouleversent et nous dégoûtent, tant il y a en eux de résignation et de cynisme et d’immoralité et d’inhumain si compréhensible, et en même temps, un potentiel humain si fort, si pétillant, qui brise le cœur,

ces pauvres dont tous les potentiels sont gâchés,

cette masse énorme de pauvres que charrie la vie moderne,

ça devrait nous épouvanter,

nous faire crier!

 

Selon les pays, on se satisfait plus ou moins de cette injustice qu’est la pauvreté,

je suis heureuse qu’en France il y ait une certaine conscience et quand-même pas mal d’aides sociales,

et je suis dévastée de constater qu’en Amérique, loin de trouver la pauvreté injuste, les riches voudraient toujours moins se sentir responsables.

 

Je ne suis pas ultra-socialiste, je crois aux initiatives individuelles, je crois que certains êtres humains ont l’esprit d’entreprise et qu’il ne faut pas leur mettre des bâtons dans les roues et que parfois ils bâtissent un empire et que c’est magnifique,

mais l’argent doit couler, l’argent doit couler!!!

Il doit ruisseler!

Et ceux qui bloquent l’argent au sommet, ceux qui bâtissent des empires immoraux où l’argent n’est pas fait pour circuler mais pour être accumulé au plus haut de la pyramide, ceux qui basent leur empire sur des biens sans valeur qu’ils nous poussent à acheter par la manipulation et le mensonge, des biens sans qualité, qui enlèvent toujours un peu plus de leur humanité aux pauvres,

ces cupides, ils me brisent le cœur.

Je ne peux pas comprendre,

je ne peux que pleurer.

Ma rage est immense,

et je ne comprends pas qu’ils ne se réveillent pas.

Comment ne peuvent-ils pas voir

que la violence appelle la violence,

et que la violence brutale qu’ils font au reste de l’humanité en produisant un environnement laid et vide pour les autres (pas pour eux) et en accumulant l’argent au sommet,

que cette violence,

il est nécessaire qu’elle leur revienne un jour?

 

Est-ce qu’on n’a pas coupé assez de têtes et pendu assez de riches suffisants et vils?

Est-ce qu’ils ne peuvent pas ouvrir les yeux avant que la violence à nouveau ne les balaie?