Sous le soleil de mes cheveux blonds – Enfin un roman féminin!

3 février 2020 No Comment

J’étais malade, coincée au lit, alors j’ai dévoré ce livre en une journée. C’est addictif, si bien raconté, voltigeant délicieusement entre le présent et le passé, et tellement féminin! J’ai l’impression de lire le premier roman féminin pour de vrai, c’est drôle, pourtant j’en ai lu des tonnes… Mais celui-là. Je m’y suis tant reconnue, et reconnu mes amies… dans ce je ne sais quoi que les hommes ne comprendront jamais pleinement de nous mais que les meilleurs d’entre eux adorent. Cette légèreté presque névrotique, cette fureur vitale, cette sensualité, cette timidité sensible… Cet équilibre de funambule entre douce acceptation et volonté de feu…

Ah le regard de la narratrice sur la vie. Parfaitement affûté et moderne. Elle m’intimidait presque en la lisant. Comme si elle se tenait à côté de moi et que je devais soutenir sa présence intense, populaire, rieuse… Comme si elle faisait partie de mon groupe de copines et que j’étais assoiffée de son amitié.

Une femme fascinante se dessine là en tous cas, toute en intelligence, sensibilité et vitalité, et je crois qu’il n’y a pas une grande différence ici entre la narratrice et l’autrice.

Et je réalise le lendemain combien ce livre m’a donné de la force,

la force que je n’ai pas reçue, dans ma jeunesse trop réprimée et abusée,

cette force de pouvoir choisir sa vie et être légère et vibrante et capable de dire non et de dire oui, même en étant follement amoureuse,

capable de sentir et choisir ce qui nous rend vivante, même en étant atrocement jugée,

cette force qui est la force de la danse, du sourire insolent, de la féminité qui n’a pas été trop comprimée,

cette force-là, par son livre, Agathe Ruga a réussi à me la transmettre d’une certaine manière

et aujourd’hui je me sens moins « démolissable » quand mon mari sûr de lui et impétueux menace sans le vouloir de fracasser la petite flamme trop fragilisée que je suis.

Non seulement j’étais moins « fracassable » mais j’étais insolente et joyeuse et tout pouvait être désamorcé.

Ensuite j’ai mis un peu de musique et j’ai senti cette source me submerger, cette source qui jaillit dans le livre d’Agathe Ruga, me submerger de force vitale, de féminité tranquille, dansante! rock!

Alors merci pour ce livre,

merci pour cette féminité pleine d’audace, pleine de cœur,

qui coule dans ce roman comme un don d’âme à âme,

tout en traversant des problématiques si contemporaines de manière pleinement sensible et subtile.

 

Et comme elle parle bien de ces névroses à la française –

la cruauté macho nauséabonde des garçons;

la bipolarité des filles – bien compréhensible mais oh combien lacérante!, leur dureté figée, combien elles peuvent faire peur et glacer l’atmosphère;

les études débiles mais débiles, à créer des monstres! (Il n’y a pas grand-chose qui me fasse autant peur que l’idée que mes enfants veuillent un jour faire médecine ou école d’ingénieur en France…);

les valeurs impitoyables et vides des bcbg cathos;

l’aveuglement des parents qui veulent l’indépendance de leur enfant adulte au moment où il est le plus vulnérable face à ce monde grinçant capitaliste barbare…

bref, cette totale déconnection à soi-même alors que la France devrait être le pays du cœur et partout son cœur déborde en rires, en vitalité, en émotions, en intensité, en larmes, en féminité, en poésie, son cœur déborde, les Français sont un peuple de sensibilité mais partout on se crée des névroses en adhérant à une société sociopathe. Et qui a créé cette société bien franco-française qui nous tue? Ces coutumes complètement contraires à notre âme? Qui? Pourquoi? Pourquoi on continue à l’accepter? C’est quoi cette course effrénée des ados et des jeunes adultes pour subir et perpétuer un système à broyer l’être humain? Et c’est quoi cet abrutissement des parents qui poussent à corps perdu leurs enfants, ados et jeunes adultes dans ce gouffre sinistre ?

Bref, elle ne fait pas un manifeste de politique, Agathe Ruga, mais elle nous fait sentir si bien,
si bien,
ce qu’on s’inflige à soi-même,
ce qui pousse à la névrose,
et le droit qu’on peut se donner aussi…
qu’on ne peut se donner qu’à soi-même…
de choisir une vie non-suicidaire, une vie vivante…