T’as joui?

16 juin 2019 No Comment

           Tasjoui?

Et pourquoi taspajoui?

Qu’est ce qui fait vraiment jouir?

Pourquoi on jouit? Pourquoi on ne jouit pas?

 

J’ai commencé ma vie sexuelle comme lesbienne. Avec les filles, à chaque fois qu’on faisait l’amour, on se faisait jouir. Je ne dis pas que c’est la manière générale de faire entre lesbiennes, mais en tous cas c’était la nôtre, et celle de beaucoup d’autres. On est des filles, on connait nos corps, c’est facile, on se fait jouir, voilà. 

 

Un jour j’ai voulu… essayer avec un homme…

Je n’étais pas amoureuse et je n’avais aucun désir pour lui. Bien-sûr je n’ai pas joui. Et c’est la première chose que je lui ai dite après l’acte, quand il m’a demandé si c’était bien: ben j’ai pas joui… Le pauvre. 
Grosse crise de confiance en soi pour lui qui était presque aussi « vierge » du sexe opposé que moi… « Je ne sais même pas si j’ai déjà fait jouir une femme! » Et moi je ne comprenais pas son malaise, tout ce que je voyais c’est que je n’avais pas joui, et je le tenais plus ou moins pour responsable… ou si pas lui, l’entièreté du genre homme : Je ne jouis pas avec « les hommes », voilà. Bon, j’étais stupide et jeune.

 

Des années plus tard, ma bisexualité s’est pleinement ouverte. J’ai eu quelques amants et aucun ne m’a faite jouir et franchement, ça ne me posait aucun problème. Au contraire. Ceux qui voulaient me faire jouir me décevaient.

C’était autre chose que j’attendais des hommes que ce que je pouvais obtenir si facilement avec les filles…
Ce que je recevais d’eux… C’était d’être pénétrée par cette énergie masculine si nouvelle pour moi. D’en être pénétrée dans mon corps et mon âme et ça m’emplissait tellement que j’étais « en état de jouissance » pendant des jours, voire des semaines, après chaque rencontre.Je me faisais jouir chez moi, tranquille, en pensant à eux mais surtout à cette énergie si… différente… qui me fascinait et me mettait en transe.

 

Et depuis cinq ans maintenant, je suis avec mon mari. Il me connaît, je l’aime, il m’aime infiniment passionnément et tendrement, on fait l’amour tous les jours et c’est devenu si facile de me faire jouir que je jouissais chaque jour et notre jeu maintenant c’est… de ne pas jouir… d’attendre son autorisation pour jouir… parfois pendant des jours…

On fait l’amour et j’apprends à m’abandonner plus profondément encore que je le faisais dans l’orgasme… je dois surmonter ma frustration, vivre pleinement l’instant présent, lui faire confiance et me laisser faire par lui sans savoir si je jouirai… le laisser me faire monter dans le plaisir, sans savoir si je resterai frustrée… surmonter même cette frustration et m’abandonner à la joie d’être là…

Et c’est si bon

Et ça me libère de la recherche de la jouissance, qui me centrait sur moi et m’empêchait un peu d’être présente pleinement en faisant l’amour… et on accède à une intimité incroyable et on crée de l’amour comme une substance entre nous, on fait de l’amour, on le sent : quand on fait l’amour, on FAIT de l’amour!! 

 

Est-ce que j’aurais pu aller aussi loin avec quelqu’un qui ne m’est pas engagé pour la vie? Qui ne prend pas soin de moi au quotidien? Qui ne m’inonde pas d’amour et de tendresse chaque jour? Qui aussi ne me confronte et ne me fait pas avancer et ne me fait pas modeler mon caractère, dans un jeu de face à face quotidien si difficile et si excitant?

Certainement pas

Et je réalise que ce compte tasjoui me rend de plus en plus perplexe

 

Qu’est-ce que ces femmes vivent pour que cette question prenne tant de poids? 400 000 followers?

Qu’est-ce qui se passe?

Qu’est-ce qui se cache derrière cette question qui peut paraître un peu absurde à une femme engagée dans une relation fusionnelle et infiniment complice où le jeu devient plutôt de ne pas jouir?

 

Alors évidemment, je trouve ce compte hyper important… Il aborde des sujets fondamentaux…Et en le lisant je suis effarée de voir le nombre de femmes qui sont dans des relations longues avec des hommes absolument égoïstes ou mous ou je ne sais pas quoi mais en tous cas pas des vrais amants, ni aimants ni vraiment désirants, complètement à côté de la plaque, déconnectés de la femme avec qui ils font du sexe (je ne peux pas appeler ça faire l’amour), des beaufs quoi…    J’avoue que je ne suis jamais tombée sur ce genre d’hommes… et faire l’éducation sexuelle des hommes et des femmes qui ne savent pas l’importance de l’orgasme féminin, c’est vraiment important, et merci Dora!!!

 

Mais ça n’efface pas ma perplexité… Surtout quand je vois des photos comme celle-ci.   

Est-ce qu’on peut vraiment s’attendre à jouir avec une vingtaine ou une trentaine de partenaires?

 

 

 

 

Oui je sais, les hommes y arrivent bien eux, et pourquoi pas nous, et l’orgasme féminin c’est pas si compliqué mais justement… pour moi si… enfin, c’est pas que c’est compliqué, mais c’est pas spécialement quelque chose que j’ai eu envie de vivre avec des hommes de passage, et je connais bien des filles pour qui l’orgasme n’est pas si simple, et on ne peut pas en mettre la responsabilité simplement sur leurs amants qui seraient des manches… 

 

Alors pour moi cette question de tasjoui elle équivaut de plus en plus à: Jusqu’où peut-on aller sexuellement quand on n’est pas engagé amoureusement?

 

Est-ce qu’on a le droit d’attendre un orgasme d’un coup d’un soir? Est-ce que ce n’est pas le traiter un peu en sextoy? Et lui mettre une pression étrange? Est ce qu’on ne ferait pas davantage honneur à notre rencontre d’un soir ou de quelques soirs en partageant nos énergies… sans chercher à jouir?

 

Et puis un orgasme, c’est quand-même si intime

Mes petits bruits adorables des orgasmes très très intenses… Comme je suis heureuse de ne les avoir émis que devant mes deux grands amours : la femme de ma vie, et l’homme de ma vie. 

Tous mes autres amants, ils ne m’ont pas faite jouir et… même ce mot « il me fait jouir » me dérange, comme si c’était son travail à lui… Je crois que c’est une création commune, l’orgasme, la jouissance, la jouissance sans orgasme aussi, et ça prend souvent du temps, de l’engagement, une intimité magique…

 

Et même si je comprends qu’il faille vraiment changer les consciences et apprendre à certains hommes que la jouissance de la femme compte… Je crois aussi que cette appel TASJOUI peut mener à une utilisation plus grande encore du partenaire…Et si on attendait autre chose qu’un orgasme, des hommes de passage? Est-ce qu’on ne serait pas plus satisfaites, plus nourries dans ce qu’ils peuvent vraiment nous donner?

    

 

Et l’homme qui n’est pas de passage dans notre vie… quand l’intimité et la connaissance de l’autre grandit, est-ce que l’orgasme ne devient pas de plus en plus facile avec lui? Si facile qu’on veut bientôt autre chose que l’orgasme? bien autre chose…