Un livre des martyrs américains – La forte opinion est une maladie

25 février 2020 No Comment

Ce livre m’a brisé le cœur.

Pas tout de suite,

en tous cas je ne m’en suis pas tout de suite rendue compte.

Pendant les jours où je le lisais j’avais plutôt des moments d’angoisse et je ne savais pas si c’était à cause des longueurs qui me donnaient l’impression de perdre mon temps, ou à cause des sujets abordés qui distillaient une telle horreur… un tel non-sens à la vie…

Mais au bout de quelques heures, quelques jours…

j’ai des scènes qui me reviennent

et qui me font mal.

Je comprends les angoisses que j’avais en lisant…

 

Ces scènes qui qui maintenant vivent en moi…

« Dadda… Daddy… Mawmaw… Mais Maman… tu es ma maman!! »

Ça fait trop mal.

C’est l’histoire de pères qui finalement ont préféré leurs convictions – quelles qu’elles soient, peu importe ce qu’elles sont en fait – à leurs enfants.

C’est une histoire pour découvrir ce que ça a d’égoïste de se croire martyr alors que ceux qui vont vraiment subir notre geste, ceux qui vont vraiment être martyrs dans notre choix, ce seront d’autres personnes : notre femme, nos enfants.

Qui bien-sûr jamais ne se remettront jamais vraiment.

 

Et la somme de souffrance qu’ils ont traversée à cause du soit-disant acte très moral de leur père, de leur mari…

ouais soi-disant très moral selon les critères de leur milieu…

cette somme de souffrance est un non-sens,

elle est amorale en soi,

elle condamne le martyr, quelle que soit sa pensée,

ce n’est pas important dans ce livre si on est pour ou contre l’avortement, le choix des femmes, le droit des fœtus,

ce n’est pas important notre forte opinion,

ce qui est important c’est combien la forte opinion, de quelque côté du spectre qu’elle se place,

la forte opinion, elle est comme… une maladie… qui conduira le « martyr » à agir comme un malade inconscient, et qui condamnera ses proches à une souffrance inouïe. Inouïe!

C’est inouï, la souffrance qui est contée dans ce livre, c’est angoissant, et si vrai, si juste… La souffrance de ces adolescentes américaines, dans la non-culture américaine, dans tout ce qu’il y a de terriblement américain et lourd et pâteux et déshumanisé, cette souffrance!

 

C’est aussi l’histoire de femmes trop faibles pour prendre soin de leurs enfants après le drame, et ça a quelque chose de touchant, bouleversant, je m’y reconnais quand-même… une fois qu’on se donne à un homme, qu’on rentre dans ce lieu vulnérable de soi… comment lui survivre? Une fois qu’on s’est abandonné à lui, sa mort est une horreur, l’idée même de sa mort est épouvantable… surtout si on sait bien, même si on ne veut pas le voir – on le voit bien dans le fond – que c’est injuste, que c’est un choix égoïste et injuste et absurde qu’il a fait,

et qu’il a manqué d’amour en acceptant de mourir pour son opinion.

pour sa morale.

Ce martyre est un suicide, une lâcheté devant l’intimité, qui passe pour un courage devant la mort.
Un manque d’amour en tous cas, un oubli de notre vulnérabilité et de son devoir de nous chérir.
Une rationalisation absurde « elle y arrivera, elle se renforcera si je pars », au lieu de voir les choses en face et la brisure éternelle qu’il cause à un être qu’il a apprivoisé, donc un être dont il est responsable pour toujours…
Préférer une pensée à défendre plutôt que l’intimité de la personne qui est à côté de nous… comment appeler cela du courage, du martyre?

Le vrai courage, la vraie moralité, le vrai martyre, celui qui n’est pas absurde mais donne des fruits de lumière, c’est d’aimer pour toujours ceux qu’on a apprivoisés, et de prendre soin d’eux, et de les laisser prendre soin de nous…

C’est ça le vrai martyre et la vraie moralité, qui suppose de lâcher prise sur notre égo, de descendre dans les profondeurs malades de notre inconscient, d’accepter de dépendre d’un autre et qu’un autre dépende de soi… accepter d’être vulnérable et abimé et égoïste souvent et « en progrès »… accepter de se décevoir soi-même et de réessayer, accepter cette humilité de se voir dans les yeux d’un autre…

 

Ce livre parle de cette grosse erreur : croire qu’on ne dépend pas les uns des autres, et qu’on peut décider d’être un martyr et de mourir, et que tout ira bien, tout ira bien pour ceux qu’on laisse…

Cette terrible erreur…

Ce terrible mensonge qu’on se fait à soi-même : il n’a pas besoin de moi, je n’ai pas besoin de lui…